La Parfumerie flamboie de mères en filles – Le Temps – Jeudi 22 novembre 2018

Sur la base de témoignages, Michele Millner tisse un spectacle choral qui raconte ce lien sacré.
Dix-huit comédiennes et musiciennes embrasent la soiré.

«C’est le plus beau spectacle que j’ai vu depuis quatre ans!» C’est peu dire que mon compagnon de soirée a aimé Le chœur des femmes, imaginé et mis en scène par Michele Millner. Et cet enthousiasme masculin torpille de suite la critique facile selon laquelle cette création à l’affiche de La Parfumerie, à Genève, est faite par des femmes pour des femmes. Lire la suite de l’article

À la Parfumerie, le cordon ombilical donne de la voix – La Tribune de Genève – 19 novembre 2018

Pour «Le Chœur des femmes», Michele Millner branche 18 filles à l’utérus qui les a abritées.

Contre le splendide mur décrépit du Théâtre de la Parfumerie, la Compagnie Spirale agence ses briques depuis bientôt trente ans. Une nouvelle pierre patinée s’ajoute à la précédente avec chaque spectacle, créé tantôt par Patrick Mohr ou Michele Millner, le regard du premier braqué surtout vers l’Afrique et le langage du corps, celui de la seconde orienté plutôt vers l’Amérique du Sud et le chant choral, tous deux cependant fixés sur une poésie visant son expression la plus pure.

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Critique de Katia Berger – Tribune de Genève, 28.11.2017

Estrenan “Amores de cantina” de Juan Radrigán en Ginebra, Suiza

Estrenan “Amores de cantina” de Juan Radrigán en Ginebra, Suiza

por 21 noviembre 2016

Estrenan
Amores de Cantina será actuada en francés, con subtítulos en español. En el elenco estará el chileno Ricardo Pinto, que interpretará a José, el dueño de la cantina, mientras que Michele Millner tendrá el rol de Carmen su ex mujer, con la cual mantiene una oscura relación amorosa. Junto a los actores participa en la obra un grupo de destacados músicos y un coro que interactúa desde el público.

Desde el 22 de noviembre y hasta el 11 de diciembre será presentada en Suiza la obra de Juan Radrigán, Amores de Cantina. Se trata de una producción de Théâtre Spirale, compañía de teatro independiente con sede en Ginebra fundada en 1990 por Michele Millner y Patrick Mohr. Un elenco internacional dará vida a la obra del recientemente fallecido dramaturgo chileno, que estará en escena en el teatro La parfumerie, de Ginebra.

La dirección del montaje está a cargo de la actriz cantante y directora Michele Millner y en el elenco internacional figura el actor chileno Ricardo Pinto, quien se encuentra en Ginebra desde octubre. Esta es la segunda vez que Millner presenta una obra de Radrigán; anteriormente , hace más de dos décadas, hizo Isabel desterrada en Isabel y tradujo al inglés El loco y la triste.

Amores de Cantina será actuada en francés, con subtítulos en español. Pinto, interpretará a José, el dueño de la cantina, mientras que Michele Millner tendrá el rol de Carmen su ex mujer, con la cual mantiene una oscura relación amorosa. Junto a los actores participa en la obra un grupo de destacados músicos y un coro que interactúa desde el público.

Radrigán escribió este texto de amor y desamor en 2009 en cuartetas y décimas, lenguaje que no es ajeno a Michele Millner; en los últimos años la actriz, directora, pedagoga y cantante ha creado e interpretado dos obras usando esta escritura poética: las Décimas, acerca de Violeta Parra, Canto a lo divino y Albahaca, una pieza teatral autobiográfica.

Una vez finalizada la temporada de Amores de Cantina, Millner y dos de las actrices que actúan en este montaje viajarán a Chile para presentar la obra Monólogos de mujeres, de los italianos Franca Rame y Darío Fo.

Critique d’Alexandre Demidoff – Le Temps, 2016

Fureur d’amour en chanson à Genève

L’actrice et metteuse en scène Michèle Millner révèle avec brio la verve écorchée du poète chilien Juan Radrigan à la Parfumerie. Chavirant

S’il y avait un spectacle à voir, un seul en cette fin de semaine à Genève, ce serait celui-ci. Sur votre coussinet, à la Parfumerie, vous êtes chaviré. La salle bout et sur scène un orchestre de cabaret donne des envies de tanguer avec lui. Devant vous, un tavernier chilien qu’on croyait placide comme Sancho Pança avec son tablier blanc menace de tuer l’amant de son épouse, une croquante à la robe écarlate. Les coeurs tricotent et le piano s’emballe. Un couteau jaillit, le jaloux est idéaliste, c’est dire si l’affaire est grave.

De quoi parle-t-on? D’Amores de cantina, une comédie furieuse, l’ardeur de la bohème tressée en chant, un mélo à tombeau ouvert où règnent voyous, troubadours et fiancées trahies que le dépit embellit encore. Cette pièce musicale est signée Juan Radrigan, auteur chilien adulé, décédé il y a un mois, à 79 ans. L’actrice et metteuse en scène genevoise Michèle Millner en révèle la verve sous nos latitudes dans un spectacle qui lui ressemble, fraternel et émouvant. «Je l’ai découvert dans les années 1980 au Chili, à l’époque de la dictature de Pinochet, raconte-t-elle. Ses pièces donnaient la parole aux petites gens, elles en restituaient le verbe et la syntaxe et elles étaient pour cela interdites. Par la suite, on l’a considéré comme un héros. A sa mort, le gouvernement a décrété un deuil national.»

Mais elle entre en scène, justement, Michèle Millner, robe noire, étole pourpre, chevelure argentée. Son chant en espagnol fend la pénombre: «Les misérables chantent jusqu’à perdre le souffle.» Un choeur fait écho, vous ne l’aviez pas vu, il est dans votre dos, au sommet du gradin. Vous voilà enveloppés. C’est le préambule. Lumières à présent. Sur le plateau, des chaises renversées. A droite, un petit bar de guingois. Un saxophone s’enivre et les héros de la cantina entrent en scène comme la tempête. Admirez-les, ces personnages: il y a là le tavernier, une fille fauve (Jeanne Pasquier) qui fait tourner les têtes, une fleur bleue délaissée qui a du répondant (Mia Mohr), un loubard qui chante (Cyprien Rausis), un dandy de grand chemin (Florent Bresson), un assassin de passage (Jon Ander Alonso).

Tous ont leurs blessures. Tous ont leurs chants. Mia Mohr par exemple: «Les hommes se battaient pour un baiser, aujourd’hui, on lui refuse l’alcool à brûler.» Le plaisir ici, c’est l’interprétation, une justesse et un plaisir du clin d’oeil, une rigueur et une ardeur, une souplesse qui d’un acteur fait un chanteur. C’est aussi la friction des langues, cet espagnol du Chili qui surgit au détour d’une tirade en français, cette glossolalie lyrique. Les mots échappent parfois, leur musique surprend toujours.

Mais voyez à présent le tavernier, son torchon sur l’épaule, c’est l’acteur chilien Ricardo Pinto, poignant en amoureux détroussé. Il est en train de perdre la femme de sa vie (Jeanne Pasquier) et il chante ceci: «Pour un baiser de cette bête féroce, je tuerai le monde entier.» Il fait masse comme le taureau avant l’assaut. Il fonce en réalité dans le mur, comme tous les orphelins d’Amores de cantina. Juan Radrigan n’est pas dupe du conte. Il sait qu’il ne change rien à la face de la lune, mais qu’il vaut comme barricade. Rendre justice aux écorchés, c’est garder espoir. «Si on détruit la chanson et le chanteur, plus aucune âme ne pourra suivre la trace de l’amour», souffle Cyprien Rausis. Ces paroles-là, chantées en espagnol, valent comme manifeste. On les écrit sur sa peau.

Alexandre Demidoff – Le Temps, 9 décembre 2016

Critique de Nicola Demarchi – Le Courrier, 2016

critique-courrier

Avant-première de Jorge Gajardo – Le Courrier

Carte postale par Urs Stauffer

Carte Postale n° 12

AMORES DE CANTINA

Une expérience qui me fait des frissons dans tout le corps, qui me fait monter, dès le début, les larmes aux yeux, qui me va droit au cœur!

Un cadeau dans le paysage des spectacles d’arts vivants. Car vivant, oui, c’est le cas de le dire: théâtre, musique live, chant, mouvement… tout trouve sa place dans cette pièce écrite par le chilien Juan Radrigan et mise en scène par Michele Millner d’une façon si subtile.

En fait, il s’agit de bien plus que d’une mise en scène. Je le sais pour avoir eu la chance de travailler un peu avec elle et sa merveilleuse équipe de comédiens sur ce projet, sur les ambiances dans le corps, sur le dialogue au delà des paroles. J’aime vraiment travailler dans l’univers de Michele. Je ne lui remercie jamais assez pour la place qu’elle laisse aux autres. Et surtout je suis profondément touché et bouleversé par le résultat qui m’a été offert hier soir au Théâtre de la Parfumerie à Genève. Si je vous parle d’expérience, c’est vraiment ce que c’est d’aller assister à ce spectacle. Une expérience qui nous rappelle l’amour, NOS amours, avec passion, tendresse, violence…. et la nostalgie d’une humanité perdue depuis la nuit des temps alors qu’elle serait dans le fond si proche….

Donc, si vous passez dans le coin d’ici le 11 décembre 2016, n’hésitez pas. Ce qui veulent trouvent toujours le chemin vers la Cantina!

Lien vers le site de URS STAUFFER, danseur et pédagogue

http://urstauffer.wixsite.com/contacturs/actu

Critique de Bertrand Tappolet – Le Courrier

«Les Diablogues» de Dubillard, mis en scène par Patrick Mohr au Crève-Coeur, démantibulent langage et sens.
Un effarement scénique.

par Bertrand Tappolet
Le Courrier, mercredi 19 octobre 2016

Roland Dubillard fait d’une parole fantasque, imprévisible, un outil fascinant et singulier plongé dans un grand bain d’absurde. Nés à la
radio, ses courts récits ou Diablogues assurent une déroutante cohérence comico-dramatique au fil d’intrigues rocambolesques
parcourues «à sauts et à gambades» par des duettistes. Angoissé existentiel en état d’absence, Buster Keaton scénique, le dramaturge et
comédien prend les pieds de ses dialogues dans le tapis des mots du quotidien pour faire douter de l’existence des choses dérivant de ce
qu’elles sont proférées.
Dans Carnets en marge, le poète n’évoque-t-il pas «ce monde que je n’ai pas signé, qui me reste étranger, et que je n’ai jamais eu le désir
de connaître»? Un langage comme boîte à outils pour faire vaciller les échanges de platitudes et de fausses évidences avec une balistique
de la confrontation toujours en lisière de délitement et d’abîmes d’incompréhension.
Étrangers au monde
Portées à la scène par Patrick Mohr qui en renouvelle continûment les adresses, les angles de profération et les visions, ces «inventions à
deux voix» s’ouvrent et se scellent autour du leitmotiv de l’eau vitale ou létale, de la difficulté sans cesse différée de se jeter en rivière (Le
Plongeon). Voire de s’en faire un linceul pour disparaître in fine à marée haute, juché sur une pierre enveloppée d’une brume naissante, à
l’arrière-goût de départ, néant ou lâcher-prise. De l’ impossibilité humaine de générer un oeuf (Les Oiseaux), alors qu’il sort comme par
magie du corps des acteurs, la mise en jeu, d’une grande physicalité, retient une dimension mystique liée au mystère de toute vie que
disent les mythologies cosmiques des origines.
Désespérante ironie
Dans la touffeur du Crève-Coeur, à Cologny, les deux comédiens sont acteurs et doubles de l’auteur. Nommés Un et Deux, ils sont les
versants possibles et interchangeables d’un seul et même être s’interrogeant sur son identité. Et hop, les voilà prompts à imprimer une
désespérante ironie, tout en laissant une large place à l’imaginaire du regardeur. Un comique de répétition à la Groucho Marx, produisant
décalages, quiproquos et dont sauront se souvenir, dans leur meilleur, Raymond Devos puis l’extraordinaire Julie Ferrier.
D’abord en slip plus poupin que kangourou, Diego Todeschni évolue en mode Jim Carrey. Il est ainsi capable d’une vraie cruauté
sournoise, yeux hallucinés et morphing visagiste en bandoulière. Son alter ego, Mathieu Delmonte rapatrie la cocasserie d’une bille de
Pierrot lunaire croisant l’ADN comique tant de Dubillard que de Louis de Funès, sidéré et éberlué, doutant de l’existence, et
essentiellement de la sienne, à l’image de l’auteur des Diablogues.
Trop vite associé au podium de l’Absurde (Beckett, Ionesco, Adamov), Dubillard imagine et joue des pièces auxquelles les critiques sont
nombreux à ne rien comprendre dans les années 1960 et 1970. En témoigne ce théâtre de la cruauté kafkaïenne qui suggère un critique
dans une boîte carcérale rétro-éclairée, auquel Diego Todeschini jette fraises avariées et mégots à dévorer.
Mobilité émotionnelle
Avec Les Diablogues, l’absurde est l’autre appellation déroutante mais diablement efficace du tragique. «Jouer est un jeu. Les enfants le
savent très bien», avance l’auteur en 1952. À travers son oeuvre, «il existe cette dimension du jeu ‘on fait comme si’ avec l’intensité ludique
de l’enfant dénué de psychologie, à la fois à l’intérieur de l’instant et en pouvant s’en extraire sans crainte. Pleurer à fendre l’âme et passer
la seconde d’après avec un grand sourire», souligne Patrick Mohr en entretien.
Moins voir, c’est mieux voir avec tout le corps, en réactivant les autres sens. Au fil de Sapin de Noël, on suit ainsi dans le noir absolu la voix
de Diego Todeschini et le doux poids de sa silhouette progressant à l’aveugle au gré d’une travée, à la recherche éperdue du conifère.
Dans l’obscurité fuligineuse, on se souvient qu’en 1987, un accident vasculaire cérébral condamne jambes et bras de l’écrivain décédé
en 2011. Ses mots, eux, ne reviendront que par fragments épars surnageant d’une conscience obscurcie. De Nicolas Bouvier à Henri
Michaux en passant par Benedict Gambert montés par le passé au Crève-Coeur, Patrick Mohr s’est toujours essayé avec bonheur à faire
du deuil un accompagnement vivant, inventif, à fleur d’émotions poétiques et dramatiques.
Jusqu’au 23 octobre, Théâtre du Crève-Coeur, Cologny (GE), rés: 022 786 86 00,
www.lecrevecoeur.ch [2]
Le Courrier, mercredi 19 octobre 2016